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Gazole à 2,36 € : la baisse du 1er novembre n’est pas encore à la pompe

Station-service Total, Porte de Montreuil à Paris (Wikimedia Commons, décembre 2018) — illustration d’une pompe TotalEnergies, distincte des files de septembre 2026

L'essentiel à retenir

  • CNEWS (15 sept. 2026) : crainte d’une « pénurie générale » ; 13 % des ~10 000 stations, IDF / Pays de la Loire / Grand Est
  • AFP (7 750 stations, ministère) : SP95-E10 2,15 € le 15 sept., au-dessus du pic du 14 juin 2022 (2,11 €) ; SP98 2,24 € ; gazole ~2,35 €
  • Bregeon (France 2, 15 sept.) : « aucun risque de pénurie », 90 % des stations OK, 10 % en rupture d’au moins un carburant (13 % sur le site public le 14)
  • TotalEnergies, plafond dès le 22 juillet : 1,99 € essence, 2,25 € gazole ; 86 % des stations en rupture sont de ce réseau (Bregeon) ; CNEWS cite 90,8 % (ministère)
  • Aide « grands rouleurs » 100 €, une fois, jusqu’au 30 sept. sur impots.gouv.fr ; RFR 2024 ≤ 16 880 €/part ; thermique ou hybride non rechargeable
  • Contexte : frappes sur l’Iran le 27 février, Ormuz, Houthis en mer Rouge ; +14 cts/L de gazole en un mois (2,21 € le 15 août)

Le 14 octobre 2026 au matin, EssenceRadar lit le flux officiel des prix : 1 336 stations sur 9 817 déclarent au moins un carburant en rupture, soit 13,6 %. 268 n’ont plus aucun des carburants qu’elles vendent. La veille à 6 h, un relevé de Prix du Carburant sur 9 249 stations place le gazole à 2,357 € le litre, le SP95-E10 à 2,167 € et le SP98 à 2,274 €. Le 13 octobre, Sébastien Lecornu promet une baisse du gazole dès le 1er novembre. CNEWS retient « jusqu’à 18 centimes » le litre, environ 10 € sur un plein. Le décret n’est pas publié au 14 octobre. La baisse n’est pas encore un prix sur le totem.

Un plein de 50 litres de gazole à 2,36 € coûte environ 118 €. Attendre le 1er novembre, si les 18 centimes arrivent vraiment, en retire une dizaine d’euros. Entre-temps, la station peut être à sec. Le calcul utile est celui de votre trajet, au prix de votre pompe, sur le coût au kilomètre. Un mois de domicile-travail à ce tarif se range dans un carnet, gratuit et sans carte bancaire : c’est lui qui dira si novembre a vraiment baissé.

Ce que le 1er novembre change, et ce qu’il ne change pas

Lecornu décrit une vente de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques. La vente aux distributeurs commencerait le 28 octobre, le prix à la pompe le 1er novembre, pour environ trois mois. Le fioul domestique, le gazole des transporteurs et le gazole non routier sont dans le même geste. Des avances de trésorerie visent plus de 300 stations isolées, pour que le rural ne reste pas au prix d’avant. La Corse et l’outre-mer, dont l’approvisionnement n’est pas le même, doivent avoir un dispositif à part. Tout cela est une promesse filmée, pas encore un arrêté au Journal officiel.

Jusqu’à cette publication, le prix qui compte est celui de la station ouverte. Un écart de quelques centimes entre deux enseignes, le 13 octobre, pèse moins que vingt kilomètres pour rejoindre une pompe qui a encore du gazole. prix-carburants.gouv.fr dit le prix et la rupture. Une moyenne nationale ne dit pas si votre route est à sec.

Le 15 septembre, le tableau était déjà celui-ci. CNEWS filmait une pompe à Saint-Germain-lès-Arpajon. L’AFP, sur 7 750 déclarations au ministère, calculait 2,15 € le SP95-E10 et près de 2,35 € le gazole. Un mois plus tard, le gazole n’a pas reflué. La part de stations en rupture d’au moins un carburant est revenue autour de 13 %, le même ordre qu’au 14 septembre.

Sur France 2, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, écarte « aucun risque de pénurie » et avance que 90 % des stations n’ont aucune difficulté. Le site public de disponibilités, lui, affichait 13 % de points de vente en rupture d’au moins un carburant le lundi 14 septembre, contre 8 % le 12. Les deux lectures peuvent coexister : le thermomètre a bougé d’un jour sur l’autre, et « au moins un carburant manquant » n’est pas un pays à sec. Pour un trajet du soir, la nuance se joue à la pompe que vous visez, surtout si c’est une TotalEnergies plafonnée.

Un plein de 50 litres de gazole coûte 117,50 € à 2,35 € le litre, contre 110,50 € un mois plus tôt (2,21 € le 15 août, d’après Carbu.com repris par L’Indépendant). Huit euros pèsent davantage qu’une file d’attente : c’est un budget mensuel, surtout si vous faites le trajet domicile-travail cinq jours sur sept.

13 % lundi, 10 % mardi : une indisponibilité, pas un pays à sec

CNEWS retient « près de 10 000 » stations et 13 % en difficulté, avec l’Île-de-France, les Pays de la Loire puis le Grand Est en tête. Le 13 % est le chiffre du suivi gouvernemental au 14 septembre, hors stations fermées pour d’autres motifs. Mardi 15, Mme Bregeon parle de 10 %. Connaissance des Énergies (AFP) les pose l’un après l’autre : le réseau « sous tension mais majoritairement approvisionné ». Nous gardons cette chronologie. Un titre « pénurie générale » collerait à 2022, quand les grèves fermaient des raffineries. Ici, le pétrole arrive, le raffiné aussi ; c’est la file au prix plafonné qui vide certaines cuves plus vite que le camion.

Une rupture « d’au moins un carburant » peut vouloir dire plus de SP98 alors que le gazole coule, ou l’inverse. Avant de faire quarante kilomètres de rabattement, ouvrez prix-carburants.gouv.fr : la carte officielle dit quelle énergie manque, pas seulement « la station est rouge ».

Les tensions locales existent. Une quinzaine de stations ont fermé dans la région d’Ajaccio les 12 et 13 septembre, pour protester contre les prix et contre ce que les exploitants appellent une distorsion liée au plafonnement TotalEnergies. Le 15, des pêcheurs bloquaient un dépôt à Fos-sur-Mer. Ce sont des métiers exposés, pas la preuve que votre N10 sera à sec mercredi. Relire 2022 pour 2026, c’est confondre une grève d’approvisionnement et une ruée commerciale.

Pourquoi les files se forment sous l’enseigne au lion

TotalEnergies a rétabli, le 22 juillet 2026, un plafond dans l’hexagone : 1,99 € le litre d’essence, 2,25 € le gazole, au motif de la reprise du conflit au Moyen-Orient. Face à 2,15 € et 2,35 € de moyenne, l’écart est de seize centimes sur le SP95-E10 et de dix sur le gazole. Sur 50 litres, cela fait environ 8 € d’essence, 5 € de diesel. Assez pour détourner, pas assez pour remplir deux fois la cuve « au cas où ».

Mme Bregeon le dit sans détour : la difficulté est « particulière » sur ce réseau, parce que le volume vendu a augmenté alors que la logistique, elle, n’a pas doublé. Neuf stations en rupture sur dix, « 86 % pour être précise », appartiennent à TotalEnergies. CNEWS cite 90,8 % d’après le ministère de l’Économie. Même géographie, deux arrondis. Nous retenons les 86 % dits à l’antenne, et le 90,8 % comme ordre de grandeur ministériel : l’essentiel des pompes vides est sous le plafond, pas sous toutes les enseignes. Certains titres ont inversé le pourcentage et écrit que 86 % des TotalEnergies seraient à sec. La ministre a dit autre chose : 86 % des stations déjà en rupture.

RMC rapporte que TotalEnergies nie une « pénurie » interne et dit avoir relevé ses livraisons de 30 %. Le gouvernement autorise, comme par le passé, des dérogations de transport le week-end pour accélérer les camions, y compris le dimanche. Une cuve qui se vide à 1,99 € se remplit si le tracteur a le droit de rouler. Elle se vide plus vite si chacun fait le plein « pour deux semaines » en voyant trois voitures en file.

Chez une enseigne non plafonnée, le litre est plus cher et la cuve, souvent, plus calme. Le comparatif de fin d’été rappelait déjà que le prix se lit station par station, pas sur un plateau TV. La carte du jour pèse davantage qu’une moyenne nationale.

2,15 € : au-dessus de juin 2022

Le 14 juin 2022, le SP95-E10 avait touché 2,11 €, record d’alors, porté par la demande et par la guerre en Ukraine. Depuis une semaine, la moyenne quotidienne de 2026 circule au-dessus de ce palier. Mardi 15 septembre, 2,15 €. Le SP98 est à 2,24 €. Ce sont, selon l’AFP, les plus hauts niveaux depuis les frappes américano-israéliennes sur l’Iran du 27 février.

Le gazole, à près de 2,35 €, s’approche du record d’avril 2026 que La Croix (AFP) situe à 2,38 € ; Carbu.com, cité par L’Indépendant, parle de 2,40 € le 9 avril. Quatre centimes de hausse entre le lundi 14 (2,31 €) et le mardi. La mécanique est brutale à la pompe, lente dans le baril : un oléoduc saoudien fermé, de nouvelles attaques dans le détroit d’Ormuz, et, côté mer Rouge, la prise par les Houthis du littoral yéménite vers Bab el-Mandeb, le détour que Riyad utilisait pour éviter Ormuz bloqué par Téhéran.

CNEWS a raison de lier la flambée à la guerre en Iran. Elle a tort si l’on croit que 2,30 € n’est qu’une pompe isolée. Le gazole national est déjà là. Un plein à 200 € à Monaco reste une anecdote de réservoir. Ici, c’est le trajet de 15 km, celui qui ouvre droit, ou non, à l’aide de 100 €.

Carburant (15 sept. 2026) Moyenne nationale Plafond TotalEnergies (hexagone, depuis le 22 juillet) Écart sur 50 L
SP95-E10 2,15 € (AFP, 7 750 stations) 1,99 € environ 8 €
SP98 2,24 € 1,99 € (essence) environ 12,50 €
Gazole près de 2,35 € 2,25 € environ 5 €

Ces moyennes bougent chaque jour. Avant de signer un crédit ou de changer de motorisation, comparez le coût de possession avec votre litre, pas avec le plateau de 11 h 26.

Les 100 € de l’automne ne paient pas le plein d’octobre

Le décret du 30 avril 2026 a créé une indemnité « grands rouleurs » de 100 €. Le guichet de printemps courait jusqu’au 30 septembre. Une nouvelle vague de 100 € est prévue pour octobre-décembre, décrite dans le point du 1er octobre : versement automatique pour qui a déjà été payé, simulateur puis demande pour les nouveaux éligibles. Cent euros, à 2,36 € le litre, font un peu plus de 42 litres. Moins d’un plein et demi. Ils ne remplacent pas la baisse promise le 1er novembre, et ils ne sont pas un prix à la pompe.

Les conditions sont cumulatives, et plus étroites qu’un « ménage modeste » de plateau. Revenu fiscal de référence 2024 : au plus 16 880 € par part. Usage professionnel du véhicule personnel. Soit au moins 15 km par trajet domicile-travail (30 km aller-retour), soit 8 000 km professionnels dans l’année, trajets domicile-travail compris. Motorisation thermique ou hybride non rechargeable, assurance en cours, hors véhicule de fonction, agricole, poids lourd ou endommagé. Une électrique, une hybride rechargeable, un véhicule de société : hors dispositif. Attention aux faux e-mails : la DGFiP n’envoie qu’un accusé avec un numéro de dossier, pas un lien de carte bancaire.

Septembre et octobre reconduisent aussi les aides sectorielles : 25 centimes par litre pour les pêcheurs, 15 pour les agriculteurs, 20 pour le BTP. Cela ne paie pas le plein du samedi.

Cette semaine : la carte, le carnet, pas la cuve de réserve

Faire le plein « pour deux semaines » parce qu’une file s’est formée sous le lion, c’est exactement ce qui allonge la rupture. Si votre trajet passe devant une Leclerc, une Intermarché ou une autoroute non plafonnée, le litre est plus cher et souvent disponible. Si vous tenez au 1,99 €, visez une heure creuse et un seul plein, pas le jerrican.

Notez le prix, les litres et le kilomètre. Créez un carnet AutoSuivi : les pleins, le trajet, la date de contrôle technique. Gratuit, sans carte bancaire. C’est ce relevé qui dira, le 1er novembre, si le totem a vraiment baissé.

Ce qu’il faut retenir

Au 14 octobre 2026, environ 13,6 % des stations du flux officiel manquent d’au moins un carburant, et le gazole tourne autour de 2,36 €. Lecornu promet jusqu’à 18 centimes de moins dès le 1er novembre, si le déstockage annoncé se traduit dans un texte et dans les totems. D’ici là, le prix utile est celui de la station qui a encore du carburant. Les 100 € d’automne ne couvrent pas un mois de trajets.

Pour coller vos litres et vos kilomètres à ce que vous payez vraiment, ouvrez un carnet AutoSuivi et calculez le coût d’un trajet avec le prix de votre station, pas celui du plateau.

Pour aller plus loin

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Questions fréquentes

Y a-t-il une pénurie générale de carburant en France ?

Non au sens d’un pays à sec. Maud Bregeon a dit le 15 septembre 2026 sur France 2 qu’il n’y avait « aucun risque de pénurie » et que 90 % des stations n’avaient aucune difficulté. Le site public comptait 13 % de ruptures d’au moins un carburant le 14 septembre, 8 % le 12. L’essentiel des pompes vides est sous l’enseigne TotalEnergies, plafonnée.

Pourquoi les stations TotalEnergies sont-elles plus souvent à sec ?

Le groupe a plafonné, depuis le 22 juillet, l’essence à 1,99 € et le gazole à 2,25 € dans l’hexagone. La moyenne nationale était à 2,15 € et près de 2,35 € le 15 septembre. Les volumes ont augmenté, la logistique moins vite. Bregeon : 86 % des stations en rupture sont TotalEnergies. CNEWS cite 90,8 % d’après le ministère. TotalEnergies dit avoir relevé ses livraisons de 30 %.

Le litre a-t-il vraiment dépassé le record de 2022 ?

Pour le SP95-E10, oui en moyenne nationale : 2,15 € le 15 septembre 2026, au-dessus des 2,11 € du 14 juin 2022, selon l’AFP sur données ministérielles. Le gazole, à près de 2,35 €, s’approche du record d’avril 2026 (2,38 € selon La Croix / AFP, 2,40 € selon Carbu.com le 9 avril). CNEWS parlait de 2,30 € « dans certaines stations » : le gazole moyen est déjà à ce niveau.

Qui peut toucher les 100 € « grands rouleurs » ?

Le guichet de printemps fermait le 30 septembre 2026. Une nouvelle vague de 100 € est prévue pour octobre-décembre : versement automatique si vous avez déjà été payé, demande pour les nouveaux éligibles. Les conditions restent étroites : véhicule personnel thermique ou hybride non rechargeable, usage professionnel, RFR 2024 d’au plus 16 880 € par part.

Faut-il faire le plein « pour deux semaines » ?

C’est ce qui allonge les files sous le plafond. Un seul plein, à une heure creuse, ou une enseigne non plafonnée où le litre est plus cher mais souvent disponible. La carte prix-carburants.gouv.fr indique quelle énergie manque. Un jerrican de panique ne change pas Ormuz.

Le gazole baissera-t-il le 1er novembre 2026 ?

Sébastien Lecornu l’a promis le 13 octobre : vente de stocks stratégiques à partir du 28 octobre, prix en baisse à la pompe dès le 1er novembre, jusqu’à 18 centimes selon CNEWS. Au 14 octobre, le décret n’est pas publié. Tant qu’il ne l’est pas, le prix à retenir est celui de la station ouverte.

Julien Marchand

Analyste budget et coût de possession

Julien travaille sur le TCO, l’assurance, les aides et la revente : comparer le prix d’achat au coût réel sur 3 à 5 ans, kilomètre par kilomètre.