Le 7 octobre 2026, Auto Plus écrit que Jeep prépare « en secret » un grand SUV européen avec Dongfeng, pour 2028. Le secret a déjà un nom et une date. Le 29 juin 2026, Fabio Catone, patron de Jeep Europe, a présenté le plan lors d’un événement de la marque. Reuters en a fait une gamme de six modèles d’ici 2030, dont un grand SUV construit en Chine avec Dongfeng. Autocar, le même jour, a compté cinq modèles et n’a pas entendu parler du Recon. Aucune des deux dépêches ne donne une puissance, une autonomie ou un prix.
Pour qui roule en Avenger ou en Compass, la question n’est pas le rendu d’un SUV qui n’existe pas encore. C’est de ne pas prendre une diapositive de juin pour une fiche de malus.
Six modèles, ou cinq : le même jour, deux comptes
Jeep est l’une des quatre marques mondiales de Stellantis, celles qui reçoivent la plus grande part d’investissement. Autocar le dit le 29 juin, Reuters aussi. Cette priorité explique qu’un D-SUV soit financé. Elle ne dit pas encore combien il coûtera en France, ni dans quelle usine européenne il serait éventuellement assemblé.
Aujourd’hui, Jeep en Europe repose surtout sur l’Avenger et le Compass. Reuters le dit ainsi : la gamme part de deux modèles. D’ici 2030, Catone annonce des mécaniques hybrides et 100 % électriques, avec une transmission intégrale proposée sur l’ensemble. Le Recon, grand baroudeur, arriverait début 2027, uniquement électrique et uniquement en quatre roues motrices. Deux SUV du segment B s’ajoutent. Le D-SUV construit en Chine ferme le compte à six.
Autocar, le 29 juin aussi, décrit trois nouveautés dans les quatre ans : deux SUV du segment B et le grand modèle Dongfeng, à côté de l’Avenger et du Compass. Cela fait cinq. Le papier précise que le Recon américain et le Wagoneer S n’ont pas été mentionnés, et en déduit que leur importation pourrait être mise de côté. Auto Plus, le 7 octobre, reprend le compte de six et place le Recon au-dessus du D-SUV. On ne tranche pas entre Reuters et Autocar. On note que le Recon n’est pas, au 8 octobre, une voiture au catalogue français avec un bon de commande.
Les deux SUV compacts se placent au-dessus de l’Avenger. Autocar distingue un « compact », plus large et plus SUV que l’Avenger, et un « large », proche du segment C, juste sous le Compass. Les deux reposent sur STLA One, fabriqués en Europe. Catone dit que la plateforme est neuve, pas une base existante à adapter, et que le 4x4 vise le meilleur de la catégorie, avec des angles d’attaque et de fuite travaillés. Le steer-by-wire est évoqué comme une technologie possible, celle que Peugeot prépare sur la même architecture. Le détail de cette plateforme est déjà dans l’article Peugeot 2030 et STLA One. Jeep n’en publie pas une deuxième fiche.
Le Wrangler n’est pas vendu en Europe, pour des raisons d’émissions. Catone dit que la marque cherche encore un moyen de le réintroduire. Auto Plus parle aussi d’un retrait progressif du Grand Cherokee et du Renegade. Le Grand Cherokee américain a bien été proposé puis retiré, ventes faibles, selon Autocar. Votre Wrangler déjà immatriculé ne change pas de contrôle technique parce qu’un D-SUV est au tableau pour 2028.
Dongfeng : un Jeep dessiné par Jeep, sans watts ni kilomètres
Le D-SUV est un projet commun. Fabio Carli, directeur du marketing produit Europe, dit à Reuters que ce n’est « absolument pas un rebadge », que la plateforme est développée avec Dongfeng, et que Stellantis est présent dans le projet. Catone, chez Autocar, dit que le dessin est entièrement Jeep, que la voiture sera vendue en Chine et dans d’autres régions, dont l’Europe, et qu’elle reste étudiée pour le hors-piste. Il compare le schéma à un iPhone : l’identité est celle de la marque, l’outil industriel est celui du partenaire.
L’accord industriel cité par Reuters, annoncé le mois précédent, donc en mai 2026, porte sur 1,2 milliard de dollars pour produire des véhicules Jeep et Peugeot en Chine. Ce n’est pas le prix du SUV. C’est un cadre d’usines.
Auto Plus situe la production dans les usines Dongfeng de Wuhan. La presse du 30 juin (New Mobility) précise l’usine DPCA de Wuhan. Autocar dit « construit en Chine », sur une plateforme Dongfeng, sans coller Wuhan dans la citation de Catone. On retient une fabrication chinoise confirmée par le patron Europe. Le nom de la halle, Wuhan, vient des comptes rendus, pas d’une brochure client.
La date 2028 est celle d’Auto Plus (« autour de 2028 ») et de plusieurs papiers du lendemain de la présentation. Les citations de Catone reprises par Autocar parlent de trois modèles « dans les quatre ans », pas d’un mois de lancement. Un assemblage partiel en Europe, pour limiter les droits de douane, est chez Auto Plus un « scénario ». Ce n’est pas une usine annoncée.
Sur la mécanique, Autocar écrit que le D-SUV sera multi-énergies, avec une option hybride rechargeable probablement dérivée du prolongateur d’autonomie Dongfeng. Auto Plus dit qu’il ne sera pas uniquement électrique et qu’il sera d’abord proposé en hybride rechargeable, pour aider Stellantis à viser environ 50 g/km de CO₂ en 2030. Jeep, dans ces articles, ne publie ni kilowatts, ni capacité de batterie, ni kilomètres électriques, ni grammes WLTP. Les 50 g sont la lecture d’Auto Plus sur l’objectif de flotte, pas une ligne du certificat de ce SUV.
Autocar rapproche la silhouette montrée en présentation du M-Hero M817, un SUV familial Dongfeng d’environ 5,1 m, annoncé en Chine avec des puissances très hautes. C’est une ressemblance de journaliste. Elle bute sur la phrase de Carli : pas un rebadge. On ne copie pas les chevaux du M817 sur la future Jeep.
En juin, New Mobility rappelait que les droits européens sur les électriques chinois ne visaient pas les hybrides rechargeables, et qu’une enquête sur ces hybrides était en préparation. Au 8 octobre 2026, les textes qu’on a sous la main ne disent pas si ce droit existe déjà, ni à quel taux, pour une Jeep de 2028. Un PHEV importé de Chine peut changer de note douanière d’ici la mise en vente. Ce n’est pas un argument de bon de commande.
Ce qui se calcule en 2026, et ce qui attend une fiche
L’Avenger reste, de l’aveu même des papiers, le modèle le plus vendu de Jeep en Europe. Auto Plus date son restylage d’environ six mois après le lancement. Cette phrase ne donne ni le tarif du restylage, ni ses grammes. Si vous en achetez un maintenant, le malus se signe sur le certificat de cette voiture, année d’immatriculation comprise. Le seuil CO₂ 2026 part de 108 g/km. Le simulateur n’a rien à faire d’un D-SUV sans ligne CO₂.
Un hybride rechargeable, le jour où il existera, se jugera sur deux factures : le litre et le kWh, plus le malus de l’année où vous l’immatriculerez. Le guide hybride simple ou rechargeable pose déjà la question pour les voitures au catalogue. Le coût d’un trajet et le coût de possession attendent vos kilomètres, pas la moyenne de 50 g d’une flotte en 2030.
Entre-temps, l’Avenger ou le Compass que vous avez garde son entretien, ses pneus et son contrôle technique. Le plan 2030 ne les retire pas de la route. Un carnet AutoSuivi, gratuit et sans carte bancaire, note le kilométrage et la prochaine échéance. Il servira le jour où une fiche Dongfeng aura des grammes, une masse et un prix France.
Autocar ajoute une conséquence de gamme : le Compass pourrait devenir le seul Jeep européen également vendu aux États-Unis. Le reste serait développé pour les clients d’ici. Catone le formule ainsi : la formule produit est mondiale, les outils sont régionaux, la gamme s’oriente vers les besoins européens. Sur le D-SUV, il parle d’un « espace blanc » en Europe, alors que le grand SUV est un pilier de Jeep dans le monde. L’opportunité, dit-il, a été Dongfeng. Cela explique le partenaire. Cela ne remplace pas une homologation française.
Une Jeep hybride rechargeable, le jour où le catalogue l’affichera, cumule deux entretiens : le moteur essence et la chaîne électrique. Les plaquettes peuvent durer plus longtemps si la récupération freine à leur place. La batterie de traction, elle, n’entre pas dans une vidange. Le dossier entretien hybride et essence décrit déjà cet écart sur des modèles en circulation. L’appliquer à un D-SUV de 2028 sans notice, c’est deviner l’intervalle. On attendra la notice.
Le concessionnaire, en 2026, peut vendre un Avenger ou un Compass. Il ne peut pas chiffrer le malus, la carte grise ni la cote de reprise d’un SUV dont les grammes n’existent pas. Si l’argument de vente devient « autant attendre 2028 », demandez ce que vous payez en tenant l’actuelle : entretien, pneus, contrôle technique, et la décote sur deux ans. Ces lignes se notent. La silhouette Dongfeng, non.
Avant de parler d’une Jeep « chinoise » comme si elle était configurable, cinq lignes suffisent. Le plan a été dit le 29 juin, pas découvert le 7 octobre. Le D-SUV est dessiné par Jeep, développé avec Dongfeng, construit en Chine, vendu en Chine et en Europe. Il n’a pas de puissance ni d’autonomie publiées. 2028 est la date des comptes rendus, pas un bon de commande. Le Recon de début 2027 est dans Reuters, absent du compte d’Autocar. Les deux SUV STLA One, eux, sont le seul morceau européen déjà rattaché à une plateforme que Stellantis a présentée.
Pour aller plus loin : STLA One chez Peugeot, hybride simple ou rechargeable, le malus et le coût de possession.