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Londres : les supercars du Golfe accumulent les PV, le recouvrement bloque

Ferrari 458 Spider dorée dans Hans Crescent à Knightsbridge (Londres, 2017) — illustration du quartier des supercars, distincte des plaques du Golfe de 2026

L'essentiel à retenir

  • Westminster : 13 423 PV pour des plaques des Émirats (2018-2022), 1 % payés, d’après le conseil via le Wall Street Journal
  • Qatar : 2 570 PV sur la dernière année publiée, Koweït 2 308 ; quatre États du Golfe = 41 % des PV étrangers
  • Le stationnement britannique est une créance civile : hors d’Europe, le titulaire est rarement identifiable
  • Congestion charge depuis le 2 janvier 2026 : 18 £ le jour même, 21 £ dans les trois jours ; ULEZ 12,50 £ si non conforme
  • En France, un FPS impayé peut bloquer la carte grise ; une plaque étrangère se recouvre rarement
  • Avec une plaque française à Londres, le risque utile est l’enlèvement et le courrier TfL, pas l’impunité du Golfe

Chaque été, Knightsbridge et les rues autour de Harrods se remplissent de Ferrari, Lamborghini, McLaren et Bentley. Beaucoup portent une plaque du Qatar, des Émirats arabes unis ou du Koweït. Le 1er septembre 2026, le Wall Street Journal, relayé notamment par Carscoops, a décrit ce que les riverains de Westminster voient depuis longtemps : ces voitures s’arrêtent sur les arrêts de bus, les zones de livraison, les stations de taxis et les doubles lignes jaunes. Caradisiac a repris le dossier le 14 septembre. Verbaliser un pare-brise, à Londres, reste simple. Faire rentrer l’argent, beaucoup moins.

Entre 2018 et 2022, le borough de Westminster a tenté de recouvrer 13 423 contraventions de stationnement visant des véhicules immatriculés aux Émirats. Un pour cent seulement ont été réglées. Sur la dernière année de statistiques commentée par le journal américain, les plaques du Qatar ont reçu 2 570 PV dans ce seul arrondissement, davantage que l’Allemagne ou la France, pourtant plus proches et bien plus peuplées.

Si vous partez à Londres avec une voiture immatriculée en France, cette chronique n’est pas un feuilleton de riches. Depuis le 2 janvier 2026, le péage de congestion (Congestion Charge) vaut 18 livres si vous payez le jour même, 21 livres si vous réglez dans les trois jours. La zone à très faibles émissions (ULEZ) reste à 12,50 livres par jour pour un véhicule non conforme. Un forfait de post-stationnement français, lui, peut bloquer votre carte grise. Le ticket d’une supercar du Golfe, presque jamais.

Autour de Harrods, les doubles lignes jaunes ne suffisent plus

Westminster, c’est le centre que les visiteurs ont en tête : palais, Big Ben, et un peu plus à l’ouest Knightsbridge. Les parkings souterrains y sont rares. Les Rolls-Royce et les Bentley y frottent les pare-chocs de citadines. Quand la place manque, les conducteurs visés par le reportage occupent ce que le code britannique interdit clairement : les doubles lignes jaunes (interdiction de stationner), les aires de livraison, les arrêts de bus.

Le journal américain décrit un Land Rover Defender qatari, une Ferrari Purosangue d’environ 400 000 dollars, un ticket encore coincé sous l’essuie-glace. Le montant d’une contravention de stationnement tourne, selon la même source, autour de 150 à 215 dollars, soit à peu près 130 à 200 euros. Caradisiac retient la même fourchette. Pour quelqu’un qui fait transporter sa voiture par avion, le Wall Street Journal évoque environ 34 000 dollars l’aller, de l’ordre de 30 000 euros. À côté, le PV ressemble à un pourboire.

Kensington et Chelsea vivent le même décor estival. Le journal n’a pas obtenu de séries aussi nettes que celles de Westminster. Le problème n’est donc pas une rue de luxe. C’est un trou dans le recouvrement, dès que la plaque n’est plus européenne et que le propriétaire a déjà quitté le pays.

Westminster a les PV, pas l’argent

Les 13 423 contraventions émiraties de 2018-2022 sont le chiffre le plus dur : 1 % payé, 99 % restés papier. Carscoops et Road & Track, qui s’appuient sur le même reportage, ajoutent que le Qatar a mené le classement des plaques étrangères sur la dernière année publiée, avec 2 570 tickets, devant le Koweït (2 308). Quatre États du Golfe — Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Émirats — ont représenté 41 % des PV infligés à des véhicules étrangers dans Westminster.

Caradisiac date les 2 570 PV qataris de 2025. Road & Track parle d’une analyse des données 2024. Nous retenons le volume, la source (conseil de Westminster, via le Wall Street Journal) et le fait que l’année exacte n’est pas alignée d’un titre à l’autre.

Les boroughs londoniens ont déjà estimé, certaines années, jusqu’à 12 millions de livres de manque à gagner sur les PV impayés de plaques étrangères. Le Wall Street Journal n’a pas de total précis pour toute la capitale. Le 1 % émirati suffit à comprendre pourquoi les élus parlent de solution sans en avoir une sous la main.

Origine des plaques Volume retenu Ce que ça dit
Émirats (2018-2022) 13 423 PV 1 % payés selon Westminster / WSJ
Qatar (dernière année WSJ) 2 570 PV Premier pays étranger, devant l’Allemagne et la France
Koweït (même année) 2 308 PV Deuxième volume du Golfe
Quatre États du Golfe 41 % des PV « étrangers » Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Émirats

Ces volumes ne disent pas que tous les visiteurs du Golfe se garent n’importe où. Ils disent qu’une flotte concentrée l’été, dans un borough déjà saturé, pèse plus que des pays voisins dont les fichiers d’immatriculation restent plus accessibles. Un Qatar de trois millions d’habitants n’a aucune raison statistique de « battre » l’Allemagne au stationnement londonien, sauf si une minorité très visible occupe le même kilomètre carré autour de Harrods.

Recouvrer une créance civile hors d’Europe

Au Royaume-Uni, une contravention de stationnement est en général une créance civile, pas une infraction pénale du type grand excès de vitesse. Pour envoyer l’avis, il faut un titulaire et une adresse. Les autorités britanniques obtiennent souvent ces données quand le véhicule est immatriculé en Europe. Hors d’Europe, le fichier local n’est pas branché sur celui de Westminster.

Le gouvernement britannique a confirmé en décembre 2025, d’après Carscoops, que les informations sur le titulaire ne peuvent pas être partagées à l’international pour recouvrer une dette civile. Les collectivités peuvent mandater des agences de recouvrement une fois la voiture repartie. Face à un propriétaire qui a déjà dépensé 34 000 dollars de fret aérien, l’agence n’a pas grand levier : la personne n’a souvent ni compte britannique ni adresse utile.

Westminster affirme traiter les conducteurs étrangers comme les autres. Fin 2025, le gouvernement n’a pas prévu d’élargir le droit de saisir un véhicule au seul motif de PV de stationnement impayés. Une audition officielle de 2009 résumait déjà le trou : en pratique, les véhicules immatriculés à l’étranger échappent au recouvrement sur le péage de congestion, le stationnement et la réglementation du trafic. Seize ans plus tard, le constat tient encore pour une plaque émiratie.

La fourrière et le sabot, eux, marchent tant que la voiture est là. C’est la seule fenêtre vraiment utile. Une fois l’avion décollé, le dossier devient une créance transfrontalière que presque personne n’encaisse. Les élus cherchent une « solution » ; le droit actuel, lui, n’en offre pas beaucoup sans changer les règles de saisie ou obtenir des fichiers étrangers que les États du Golfe n’ont aucune raison de livrer pour un parking.

Si vous partez à Londres avec une plaque française

Vous n’êtes pas dans la même situation qu’une plaque du Golfe, et vous n’êtes pas non plus poursuivi comme pour un grand excès sur l’A40. Le stationnement londonien reste une créance civile. En revanche, les caméras de Transport for London lisent votre plaque. L’ULEZ couvre tout le Grand Londres, tous les jours sauf Noël. Le péage de congestion vise le centre : en semaine de 7 h à 18 h, le week-end et les jours fériés de 12 h à 18 h (hors la période de Noël au jour de l’an). Beaucoup de Français connaissent le tarif de semaine et découvrent trop tard que le samedi après-midi est aussi facturé.

Depuis le 2 janvier 2026, le tarif de congestion est de 18 £ payé à l’avance ou le jour même, 21 £ dans les trois jours, selon Transport for London. Un diesel qui n’est pas Euro 6, ou une essence qui n’est pas Euro 4, doit en plus 12,50 £ d’ULEZ par jour. Les deux dispositifs se cumulent. Des conducteurs français reçoivent encore le courrier chez eux après le retour : TfL sait relancer une plaque européenne mieux qu’une plaque de Doha. Avant de partir, saisissez votre immatriculation sur le vérificateur officiel. Un radar à 30 km/h sur le périphérique vous rappelle déjà qu’une caméra française sait qui vous êtes. À Londres, c’est la même logique, avec un site à payer.

L’assurance responsabilité civile souscrite en France couvre le Royaume-Uni : la plaque française vaut présomption d’assurance, selon France Assureurs. La carte internationale (l’ancienne « carte verte ») n’est plus exigée pour ce trajet. Vérifiez tout de même les garanties assistance et bris de glace : un séjour londonien n’est pas un week-end en Belgique, et un enlèvement le samedi soir n’est pas un dégât des eaux. Notre guide pour choisir une assurance selon son profil sert à ça, pas à commenter un PV sous une Purosangue.

Le vrai risque, tant que la voiture est sur place, reste l’enlèvement. Un ticket sous l’essuie-glace, vous pouvez encore le discuter ou le payer avec le tarif minoré des quatorze jours. Une fourrière le week-end, le séjour est gâché et la facture n’a plus rien d’un pourboire. Revenir plus tard dans le même borough avec la même plaque et une dette ouverte peut aussi valoir un sabot. Calculez le carburant, le ferry et les 18 livres de congestion avec le coût d’un trajet avant de croire qu’un PV londonien « n’est pas grave ». Pour un aller-retour, ces lignes pèsent plus que le folklore des supercars.

En France, le FPS vous rattrape ; une plaque étrangère, beaucoup moins

Depuis 2018, le stationnement payant sur voirie n’est plus une amende pénale : c’est un forfait de post-stationnement. Vous avez trois mois pour payer. Passé ce délai, une majoration de 20 % s’applique, avec un plancher de 50 euros, selon Service-Public. Le comptable public peut ensuite saisir un compte, un salaire, ou inscrire une opposition au transfert du certificat d’immatriculation. Vous ne vendez plus la voiture tant que la dette n’est pas soldée. C’est précisément le levier qui manque à Westminster face à une plaque d’Abou Dhabi.

Cette machine suppose un fichier SIV et une adresse en France. Une question écrite à l’Assemblée nationale (n° 10983) a rappelé ce que les maires transfrontaliers savent : le FPS apposé sur une plaque étrangère se recouvre rarement. Certaines communes posent un sabot aux récidivistes identifiés sur le terrain. C’est le même réflexe que la fourrière londonienne : agir tant que le véhicule est là, parce que la lettre recommandée vers un fichier étranger n’arrive souvent nulle part.

Vous n’avez donc aucun intérêt à copier le geste vu à Knightsbridge. Votre plaque française est un fil que Bercy et l’ANTAI savent tirer. Une supercar du Golfe, elle, quitte le pays. Le plein à 200 euros à Monaco raconte déjà que le budget « prestige » n’a rien à voir avec le vôtre. Le coût de possession d’une Sandero se calcule ; celui d’une Purosangue affrétée par avion n’entre pas dans le comparatif essence, hybride et électrique.

Pour un week-end à Londres, le ferry, les 18 livres de congestion et un parking en ouvrage se prévoient avant le départ, pas après un ticket sous l’essuie-glace. Pour le reste de l’année, le coût de possession et un carnet d’entretien gratuit pèsent davantage qu’un PV que personne n’encaisse à Dubaï. Notez-y aussi l’attestation d’assurance et la date de contrôle technique : un contrôleur britannique peut demander les papiers, même si le CT français n’est pas le contrôle britannique.

Ce qu’il faut retenir

Le Royaume-Uni n’a pas perdu le contrôle de Harrods. Il a un trou juridique : une créance civile, un titulaire hors d’Europe, pas de saisie élargie pour un simple stationnement. Vous, avec une plaque française, vous n’êtes pas dans ce trou, ni à Londres pour l’ULEZ et la congestion, ni en France pour le FPS. Partez avec les tarifs de Transport for London à jour, un stationnement payant, et les papiers dans le carnet. Les supercars du Golfe continueront de faire la une. Votre carte grise, elle, n’attend pas un article du Wall Street Journal.

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Questions fréquentes

Pourquoi Londres n’encaisse pas les PV des supercars du Golfe ?

Une contravention de stationnement britannique est en général une créance civile. Hors d’Europe, les autorités n’obtiennent souvent pas l’adresse du titulaire. Le gouvernement a confirmé fin 2025 que ces données ne se partagent pas à l’international pour recouvrer une dette civile. Une fois la voiture repartie, il ne reste guère qu’une agence de recouvrement, sans grand levier.

Combien de PV ont été payés par les plaques des Émirats ?

Entre 2018 et 2022, Westminster a tenté de recouvrer 13 423 contraventions visant des véhicules immatriculés aux Émirats arabes unis. Un pour cent seulement ont été réglées, selon les données du borough relayées par le Wall Street Journal en septembre 2026.

Si je pars à Londres avec ma voiture française, puis-je ignorer un PV ?

Non. Les caméras de Transport for London lisent votre plaque. L’ULEZ et le péage de congestion donnent souvent lieu à un courrier en France. Sur place, la fourrière et le sabot restent le vrai risque. Un FPS français, de son côté, peut bloquer votre carte grise. Vous n’êtes pas dans la situation d’une plaque d’Abou Dhabi.

Combien coûtent l’ULEZ et la congestion charge en 2026 ?

Depuis le 2 janvier 2026, le péage de congestion vaut 18 livres payé à l’avance ou le jour même, 21 livres dans les trois jours. Il s’applique aussi le week-end après-midi. L’ULEZ reste à 12,50 livres par jour pour un véhicule non conforme (essence sous Euro 4, diesel sous Euro 6). Les deux se cumulent. Vérifiez votre plaque sur le site de TfL avant de partir.

Faut-il une carte verte pour aller au Royaume-Uni ?

Non. La responsabilité civile souscrite en France couvre le Royaume-Uni : la plaque française vaut présomption d’assurance, selon France Assureurs. La carte internationale n’est plus exigée pour ce trajet. Contrôlez tout de même assistance, bris de glace et franchise, surtout en cas d’enlèvement.

La France recouvre-t-elle mieux les FPS des plaques étrangères ?

Pas vraiment à distance. Une question à l’Assemblée nationale (n° 10983) a rappelé que le FPS sur plaque étrangère se recouvre rarement. Les communes agissent surtout sur place, avec un sabot ou la fourrière. Sur une plaque française, en revanche, majoration, saisie et opposition à la carte grise existent bel et bien.

Claire Martin

Spécialiste réglementation auto

Claire analyse malus, ZFE, contrôle technique et démarches administratives. Ses guides s’appuient sur les textes officiels français et les barèmes en vigueur.